Chacun sa vérité, Sara Lövestam / trad. du suédois. Pocket, 01/2018. 300 p. 6,95 € ***

         Kouplan est iranien. Sans papiers, il vit dans l'angoisse constante d'être repéré par la police et reconduit dans son pays. Pour gagner sa croûte il s'est improvisé détective privé. Pour sa première enquête il est chargé de retrouver une petite fille, Julia, dont Pernilla sa mère refuse de signaler la disparition à la police, craignant que les services sociaux ne la lui confisquent, au point qu'elle n'a jamais déclaré sa naissance. Kouplan mène une enquête qui n'en est pas une : il interroge les passants, les vendeurs du quartier où Julia était avec sa mère au moment de sa disparition, se rend au cyber café pour faire des recherches sur Internet. Il reconnaît ne pas trop savoir comment s'y prendre, et s'interroge davantage sur la personnalité de la mère, relevant dans ses propos des contradictions qui, petit à petit, sèment le doute dans son esprit : Julia existe-t-elle vraiment ?

Le roman s'achève sur un double dénouement : le premier est logique, sans surprise, mais a le mérite de clore l'enquête de Kouplan. Dans les toutes dernières pages s'ajoute un deuxième élément, parfaitement inutile sauf à considérer que le roman est le début d'une trilogie consacrée à ce drôle de détective à travers lequel on découvre la vie d'un sans papier à Stockholm.

 

Catégorie : Romans policiers / thrillers

Suède / disparition / psychologie / migrants

Posté le 18/04/2019 à 10:31

En attendant la neige, Catherine Desrousseaux. Calmann Lévy, 01/2019. 287 p. 17,90 € ****

Véra était au volant de sa voiture avec mère et sa sœur quand elle a eu un accident. Si sa sœur Mathilde n'a eu que quelques blessures superficielles, sa mère est morte et elle a passé plusieurs jours dans le coma et souffre de nombreuses séquelles psychologiques. Elle fuit Mathilde qui la surprotège et se réfugie dans les montagnes du Haut Jura, dans le chalet d'un ami, espérant grâce à la solitude se sevrer de ses médicaments et recouvrer la mémoire. Elle fait la connaissance de son voisin, un homme mystérieux et distant, et doit affronter l'hostilité des habitants du village.

         La neige n'arrive pas à la fin mais assez vite à l'arrivée de Véra dans le chalet. Ce ne sont d'abord que des papillons blancs, mais bientôt elle va tomber dru et avoir de lourdes conséquences sur la vie de la jeune femme : elle l'isole, la force à un huis clos avec son étrange voisin, l'empêche de quitter le chalet. Véra n'attend pas la neige mais qu'elle s'arrête de tomber. L'inquiétude monte, des signes macabres lui sont envoyés, et voilà qu'elle est attirée par son voisin, qui ne semble pas nourrir les mêmes sentiments qu'elle.

         Un bon thriller montagnard, plaisant à lire, si l'on excepte le problème, récurrent chez nombre d'auteurs contemporains et qui m'agace sérieusement, de l'emploi des temps du passé. Au risque de passer pour un parangon du conservatisme littéraire, je dis et je me répète : non, on ne met pas dans la même phrase le passé-simple et le passé-composé, qui ont la même valeur, mais pas le même niveau de langue, le premier appartenant au registre soutenu, le deuxième à la langue orale. On peut trouver le premier trop emprunté, obsolète et artificiel ; dans ce cas  on ne l'utilise pas, tout simplement.

 

Catégorie : Romans policiers / thrillers

Jura / hiver / famille /

Posté le 18/04/2019 à 10:30

Qui a tué l'homme-homard, J.M. Erre. Buchet-Chastel, 01/2019. 355 p. 19,00 € *****

A Margoujols, un petit village reculé de Lozère, on retrouve le cadavre affreusement mutilé de Joseph Zimm, surnommé l'homme-homard en raison de la difformité de ses mains. Il faisait partie d'un cirque de monstres, arrivé à la fin de la guerre, qui s'est établi là après la mort de son directeur. L'adjudant Pascalini est envoyé sur place pour découvrir le meurtrier, et trouve une aide inattendue en la personne de la narratrice Julie, qui malgré sa tétraplégie s'avère une enquêteuse hors pair et projette de faire de l'enquête un polar bien ficelé. Très vite, les soupçons tombent sur l'auteur d'un blog intitulé "Je vois la vie en monstre", tandis que les habitants nourris aux séries policières se mêlent du travail de Pascalini...

Jubilatoire. C'est l'adjectif qui résume le mieux ce livre aussi drôle sur le fonds que sur la forme. Sur le fonds, il y a les villageois hyperconnectés de ce village perdu, qui doivent leur 4G au handicap de Julie, équipée d'un fauteuil roulant électrique tout terrain et dernier cri, 6 poneys sous le capot, ce qui lui permet de dépasser les 10 kilomètres heure en obligeant son interlocuteur à courir à ses côtés. Précisons que Julie bave (beaucoup), et n'a pour seul moyen de communication que son ordinateur qu'elle manie avec la seule partie de son anatomie valide, à savoir son majeur. Ajoutons à cela une enquête rocambolesque, des freaks vieillissants qui ont fait des enfants dans le village, un adjudant complètement dépassé par les événements et un adjoint qui porte le nom ridicule de Babiloune, ce qui ne l'empêche pas de devenir l'ami de Julie. Sur la forme, J.M. Erre s'amuse, dénonce les poncifs et autres clichés littéraires à travers la plume de sa narratrice qui, en rédigeant son polar, s'interroge sur la façon dont elle pourra suivre les conventions du genre sans sombrer dans les lieux communs. Au point même de nous donner la recette du bon polar qui "compte pléthore d'amateurs exigeants répartis en chapelles aux attentes contradictoires et prêts à en découdre à la moindre alerte."

De quoi apprendre en s'amusant, et lors de ses prochaines lectures policières, trier le bon grain de l'ivraie.

 

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

Lozère / handicap / monstre /


Posté le 27/03/2019 à 10:01

L'Unité Alphabet, Jusse Adler Olsen / trad. du danois. Albin Michel, 09/2018. 628 p. 22 €

         L'avion de Bryan et James, deux pilotes de la RAF, est abattu au sud de l'Allemagne alors qu'ils tentaient de cartographier la région. Ils trouvent refuge dans un train qui convoie des blessés allemands, pour l'essentiel des officiers SS traumatisés, qu'on va installer dans un hôpital psychiatrique appelé L'Unité Alphabet. Les deux Anglais endossent l'identité de deux officiers, et vont passer là de longs mois au cours desquels ils sont soumis, comme d'autres, à de terribles expériences. Bryan réussit à s'enfuir en laissant son ami aux mains des tortionnaires. Trente ans plus tard, Bryan, devenu médecin consultant, se rend à Munich lors des JO de 1972, et se met en tête de découvrir ce qui a pu advenir de James.

         La première partie du roman, basée sur des faits réels, fait la part belle à la sauvagerie nazie qui n'hésite pas à soumettre ses plus hauts gradés à des traitements barbares, entre électrochocs et conditions de détention épouvantables. Pour autant, il y a, parmi les patients atteints de diverses pathologies mentales, aggravées par les expérimentations, d'autres simulateurs que nos deux Anglais. D'historique, le roman semble glisser vers l'espionnage, et revient au genre du thriller lorsque Bryan entreprend sa quête désespérée, qui va lui faire retrouver quelques-uns des patients de l'Unité Alphabet. Le mélange est habile, et si l'on pourrait reprocher au roman une première partie un peu longue, celle-ci prend tout son sens lorsque Bryan remue le passé. L'action se précipite ensuite, durant les quelques jours de l'enquête, et emporte le lecteur.

Catégorie : Romans policiers / Thrillers

guerre / nazisme / amitié /

Posté le 23/02/2019 à 16:12

La ville des morts, Sara Gran / Trad. de l'anglais. Le Masque, 01/2015. 326 p. 20 €

Claire Dewitt est détective privée. Son travail l'amène à La Nouvelle-Orléans, profondément meurtrie par l'ouragan Katrina, où elle est chargée de retrouver l'assassin du procureur Vic Willing.

Disciple de Constance Darling, assassinée quelques années plus tôt, et inspirée par Détection, l'ouvrage du privé français Jacques Silette, Claire Dewitt est un curieux personnage, profondément anticonformiste ; couverte de tatouages, solitaire, elle mène ses enquêtes en consommant force alcool et drogues diverses. Son intuition et une certaine désinvolture lui permettent de se sortir de toutes les situations ; pour le reste, des indices, rien que des indices, suivant l'un des conseils de Silette. C'est un personnage dont la quête personnelle est sans douteplus importante que l'enquête elle-même. Elle paraît presque invincible ; on se demande comment elle va parvenir au terme de son enquête, dont elle dit elle-même que c'est lorsque son employeur menace de mettre fin à son contrat qu'elle est proche du dénouement. Et pourtant, à force d'errements, de cuites et de pétards améliorés, elle parvient à ses fins.

A la fois roman policier, roman de mœurs, récit sociologique, ce récit nous fait découvrir la population de La Nouvelle Orléans, fortement marquée par l'ouragan, dont une partie vit dans des logements insalubres ; on y rencontre des personnages perdus, que la consommation de drogues et d'alcool ne parvient pas à distraire de leur misère financière, sociale, et culturelle. Mais c'est en se perdant qu'on devient un bon privé, se dit Claire Dewitt, dont les errements ressemblent parfois à ceux des Néo orléanais.  

 

 

Catégorie : Policiers / thrillers

Etast-Unis /

Posté le 18/01/2019 à 14:23

Helena, Jérémy Fel. Rivages, 08/2018. 732 p. 23 € ****

         Kansas, un été caniculaire. Hayley, 16 ans, s'apprête à participer à un tournoi de golf, et tombe en panne en pleine campagne. Norma, une mère de famille préoccupée par la prochaine participation de sa fille de 8 ans à un concours de mini-miss, lui propose de l'héberger en attendant que le garagiste ait pu réparer la voiture. Hayley passe donc la nuit chez Norma, où elle fait la connaissance de Tommy, le benjamin de Norma, un adolescent renfermé et tourmenteur d'animaux. Son court séjour va rapidement tourner au cauchemar...

         Roman polyphonique où ces trois personnages, tous des monstres à leur façon, se trouvent réunis par ce qu'ils partagent, une furieuse envie de vivre. Tous trois cabossés par la vie, ils sont à la fois victime et bourreau - Norma fait preuve d'une cruauté extrême, Hayley d'une sauvagerie sans pareille, sans parler du jeune Tommy qui jouit sur des cadavres. La panne de voiture vire très vite au cauchemar et entraîne le lecteur dans une succession de rebondissements dont on se demande comment l'auteur va leur trouver un dénouement. C'est noir, violent physiquement et psychologiquement ; les seuls traits de lumière sont incarnés par Graham, le fils aîné de Norma, et par la petite fille, victime collatérale de la folie des trois personnages principaux.


 
Catégorie : Policiers / thrillers

Posté le 18/01/2019 à 14:12

Torrents, Christian Carayon. Fleuve Noir, 08/2018. 332 p. 19,90 € ****

         1984, Fontmile, une petite ville tranquille des Pyrénées. On découvre des morceaux de corps humain dans la rivière, soigneusement découpés. Les victimes sont assez vite identifiées : il s'agit de deux femmes portées disparues depuis plusieurs années, dont l'une, Emilie, était la petite amie de François Neyrat. Les soupçons se portent sur son père, chirurgien à la retraite, qui possède les compétences pour démembrer un cadavre. C'est sa fille aînée qui l'a dénoncé. François, qui refuse de croire son père coupable, et ne comprend pas le geste de sa sœur, entreprend des recherches qui lui font remonter le cours de l'histoire et reconstituer le passé de son père...

         A travers son enquête, François apprend à connaître un peu mieux son père, un personnage distant et taiseux, pour lequel il nourrit une affection qui n'ose s'exprimer. Et puis, il y a Marie, la sœur aînée, avec laquelle François et Valentine, sa sœur cadette, sont brouillés. Marie qui dénonce son père en l'accusant d'actes incestueux, Marie qui semble avoir une revanche à prendre. Pour injuste que François trouve ces accusations, il n'en est pas moins ébranlé : le doute instille en lui un véritable malaise, et c'est là sa motivation principale à découvrir la vérité. Il s'agit d'innocenter son père, certes, mais aussi de donner tort à Marie, celle par qui le scandale est arrivé. Le récit s'ouvre sur la convocation de François à la gendarmerie, appelé à témoigner alors que son père vient d'être arrêté, et enchaîne sur des souvenirs qui viennent éclairer son enquête ; s'ajoutent les propos de Camus, un ami de la famille et ancien policier, qui tâche d'aider François et Valentine tout en préservant le secret du père. La chronologie est un peu complexe, l'intrigue aussi, riche en fausses pistes, oscillant entre le présent et la période noire de l'Épuration, mais elle est portée par le fil conducteur des doutes de François, des non-dits familiaux et des mensonges, jusqu'à un dénouement haletant.

 

 
Catégorie : Policiers / thriller
famille / secret / guerre /

Posté le 18/01/2019 à 14:11

Le cri, Nicolas Beuglet. Pocket, 01/2018 (Thriller). 556 p. 8,30 €                          ***

Environs d'Oslo, hôpital psychiatrique de Gaustad. Le patient 488, surnommé ainsi à cause des chiffres qu'il porte gravés sur la chair de son front, s'est suicidé. Il a la bouche grande ouverte, figée sur un cri d'épouvante, dans la même attitude que l'homme du tableau de Munsch. L'inspectrice Sarah Geringën, en pleine séparation avec son conjoint, doute de la thèse du suicide, d'autant que le verdict du légiste est que l'homme est littéralement mort de peur. Commence alors une enquête qui la conduit en France où elle rencontre un journaliste, frère d'un scientifique impliqué dans des expériences médicales et mort accidentellement. Sarah et le journaliste découvrent l'implication de la CIA dans ces expériences et doivent mener à bien leur enquête alors que le fils adoptif du journaliste a été enlevé et qu'on menace de le torturer s'ils ne parviennent pas à découvrir la vérité...

Un thriller haletant qui combine tous les éléments du genre : une enquête pleine de rebondissements, des révélations successives, deux enquêteurs courageux mais non dénués de failles, une tension croissante avec la captivité du petit garçon qui risque de subir les pires sévices si les deux héros ne parviennent pas à découvrir la vérité sur ces expérimentations scientifiques inhumaines, et le début d'une intrigue amoureuse un peu attendue – Sarah, en mal d'enfant, ne peut qu'être attirée par ce journaliste plein de tendresse pour son neveu qu'il a adopté. C'est cousu de fil blanc, certes, mais le récit remplit son contrat et, cerise sur le gâteau, tout finit bien, sauf pour les méchants.


 

Catégorie : Policiers / thrillers

Suède / médecine /

Posté le 18/01/2019 à 14:05

Posté le 30/10/2018 à 16:38

Dans le silence enterré, Tove Asterdal / Trad. du suédois. Le Rouergue, 10/2015 (Noir). 408 p. 23 €

         Appelée au chevet de sa mère démente, Katrine Hedstrand, journaliste suédoise établie à Londres, découvre l'existence d'une maison familiale située tout près de la frontière finlandaise, à Kivikangas. La maison est en vente, un acheteur s'est manifesté qui en propose un prix démesuré. Katrine se rend sur place et s'installe dans la maison délabrée de sa grand-mère. Elle se lie avec les habitants, sous le choc depuis l'assassinat d'Erik Svandberg, le voisin, qui aurait pu lui parler de cette grand-mère qu'elle n'a pas connue.

         Le récit se passe dans les conditions qu'on imagine - milieu rural et fermé, froid extrême, neige – et fait revivre les années 30 et la montée du communisme dans cette région septentrionale pas loin de la Russie. Lucie découvre un pan de l'histoire familiale qu'elle ignorait, tandis que, en Russie, des mafieux règlent leurs comptes. Ca fait beaucoup, même si, évidemment, tout est lié. Le roman se lit avec plaisir, mais laisse une impression de confusion et d'inachevé.

 

 
Catégorie : Policiers / thrillers
Suède / histoire /

Posté le 12/09/2018 à 13:29

La piste noire, Asa Larsson / trad. Du suédois. Le Livre de Poche, 09/2015. 506 p. 7,90 €

         Une femme est retrouvée mort dans une "arche", une cabane montée sur des patins sur un lac gelé à proximité de Kiruna. Il s'agit d'Inna Wattrang, porte-parole de Mauris Kallis, riche entrepreneur à la tête d'une entreprise minière. Anna-Maria Bella et Sven-Erik Stalnacke découvrent sous la glace un imperméable portant une tache de sang, mais les indices sont maigres. Ils s'interrogent sur le rôle de la victime au sein de l'entreprise Kallis Mining, et finissent par faire appel aux compétences de Rebecka qui se documente sur Kallis et sa société...

Troisième tome des aventures de la procureure Rebecka Martinsson, moins réussi que les deux précédents. Au nord de la Suède, en mars, le printemps n'est pas encore là, le froid et la neige persistent, ce qui permet aux deux enquêteurs, lorsqu'ils retrouvent l'imperméable du tueur inadapté aux conditions climatiques, d'orienter leurs recherches vers une action venue de l'Europe tempérée. Mais la piste est une impasse, l'assassin a agi sous nom d'emprunt. L'enquête est en réalité menée par Rebecka, et se cantonne essentiellement à son expertise du fonctionnement de l'entreprise Kallis Mining. Ses investigations sont entrecoupées de flash-back qui mettent en scène l'entrepreneur, Inna et son frère Didi, faisant apparaître une relation trouble entre ces trois personnages, dont le trio est mené de toute évidence par Mauri, qui se révèle pervers et machiavélique. Le procédé semble un peu artificiel, puisque les enquêteurs ne peuvent avoir accès à ces informations ; le dénouement va s'accélérant et si le lecteur en maîtrise tenants et aboutissants, on se demande bien comment Anna-Maria et Sven-Erik vont bien pouvoir démêler l'écheveau.

Comme dans les précédents opus, on retrouve le goût de l'auteur pour les animaux : Sven-Erik, inconsolable depuis la perte de son chat, adopte un chaton, le chien de Sivving, le grand-oncle de Rebecka, est toujours aussi affectueux, mais leur présence est moins ostensible. Quant à notre héroïne, le roman pour une fois s'achève sans dommages pour elle, qui évite de se faire casser la figure et tombe amoureuse du directeur de son ancien cabinet d'avocats.


 

Catégorie : Policiers / thrillers

Suède /

Posté le 19/04/2018 à 12:54

Le sang versé, Asa Larsson / trad. du suédois. Le livre de Poche, 09/2015. 491 p. 7,60 €

         Deuxième tome des aventures de la procureure Rebecka Martinsson. Dans les environs de Kiruna, dans les régions de l'extrême nord de la Suède, une pasteure est assassinée, son corps retrouvé pendu par une chaîne à l'orgue de l'église. Rebecka, qui se remet tout juste de ses précédentes mésaventures au cours desquels elle a tué deux hommes, se rend sur place pour son cabinet d'avocats. C'est sa ville natale : elle y retrouve des souvenirs, et un peu de paix. Elle se lie avec certains des habitants du coin, et se retrouve malgré elle mêlée à l'enquête sur la mort de la pasteure, Mildred Nilsson, qui par son féminisme s'était attiré l'inimitié de certains parmi ses ouailles...

         Ambiance grand Nord, en été, les nuits qui n'en sont pas, les moustiques, et surtout la nature et les animaux, auxquels l'auteur voue une affection évidente. Il y a les quatre chiens de Lisa, qui la contraignent à laisser son lit pour dormir sur le canapé ; le chat de Sven-Erik qui a disparu, déclenchant chez son maître un chagrin irrépressible ; la louve solitaire que la fondation créée par Mildred protège du fusil des habitants. Hommes et bêtes composent avec la nature, qui ne fait jamais oublier, même au cœur de l'été, sa nature septentrionale ; Rebecka retrouve dans cette région ses souvenirs d'enfance et un lieu où se retrouver : à son arrivée, elle va passer la nuit dans la forêt, allongée entre les troncs, comme s'il lui fallait ce sas pour pouvoir retourner vivre auprès des hommes.

         Elle ne mène nulle enquête, ce sont les policiers qui s'en chargent. Cependant elle contribue malgré elle à découvre le meurtrier, au péril de sa vie. On peut se demander quel plaisir trouve Asa Larsson à malmener ainsi son héroïne, dont on se demande, à la fin du livre, comment elle s'en remettra. La suite au prochain épisode…


 
Catégorie : Policiers / thrillers
Suède /

Posté le 04/04/2018 à 14:18

L'essence du mal, Luca d'Andrea. Denoël, 12/2017 (Sueurs froides). 463 p. 21,90 €

         Jeremiah Salinger, documentariste américain, décide de s'installer dans le village de Siebendoch, dans le Sud Tyrol, d'où sa femme est originaire. Il tourne un reportage sur la brigade de secours en haute montagne avec son coéquipier cameraman. Victime d'une avalanche qui tue l'équipe de l'hélicoptère, il frôle la mort de près et croit sentir une force meurtrière issue de la montagne. Il décide de se reposer et de se consacrer à sa famille, mais découvre un épouvantable massacre survenu 30 ans plus tôt, dans la montagne du Bletterbach, lors d'une tempête d'une rare violence, durant laquelle trois jeunes gens ont trouvé une mort atroce. L'enquête bâclée a classé l'affaire. Sa curiosité est attisée : il se lance alors dans une enquête qui le conduit à interroger son beau-père, et les habitants du village, lesquels voient d'un très mauvais œil un étranger mettre le nez dans leurs affaires, refusent de parler et finissent par s'en prendre à lui…

         Si l'histoire se passe bien en haute montagne, avec sa cohorte de températures négatives et de neige, l'intrigue se cantonne au vase clos du village et de ses environs. Il en résulte une impression d'enfermement et d'angoisse, à l'image de ce que vit Salinger, qui se heurte à la réaction d'une communauté soudée tout autant par les conditions de vie rudes de la région que par le poids du secret. En filigrane, il y a l'omniprésence de cette force obscure que Salinger appelle la Bête, et qu'il a sentie lors de son accident, qui vient parfois hanter son esprit et lui murmurer à l'oreille. Cependant, certains villageois vont finir par parler : à force d'obstination, et au prix de menacer son couple, Salinger parvient à lever le voile sur ce secret, non sans hypothèses plausibles mises à mal par de nouvelles révélations.

         Le roman nous plonge également au cœur de cette communauté bilingue repliée sur elle-même, avec des traditions sauvegardées parfois terrifiantes, comme la Saint Nicolas qui fait intervenir les Krampus, sorte de diables incarnés par les jeunes hommes du village, qui ne se gênent pas pour effrayer la population venue en nombre assister aux réjouissances. Un polar qui allie tension narrative et portrait de moeurs.     

 

Policier lu dans le cadre du Prix littéraire Elle.

 

 

Catégorie : Policiers / thrillers

grands espaces / secret /

Posté le 23/03/2018 à 09:51

L'homme aux boutons de manchettes, Marie Bertrand. Editions Cockritures, 10/2017. 439 p. 15 €

Charles-Edouard Keller, commandant de police à Strasbourg, surnommé Smart en raison de son élégance, doit élucider avec sa brigade le meurtre d'une jeune prostituée roumaine découverte dans une tente, dans le parc de Pourtalès. Pendant que l'enquête suit son cours, il reçoit de la part de sa mère une paire de boutons de manchettes, qui s'avère être l'œuvre du maître verrier Lalique. Intrigué par ces accessoires, il se penche alors sur le passé de sa famille dont il ne sait pas grand-chose, et découvre l'existence de Maria, une arrière-arrière grande tante mystérieusement absente de l'arbre généalogique, comme on si on avait voulu effacer sa trace. Il découvre également que la mort accidentelle de son arrière-arrière grand-père est plus mystérieuse que la légende familiale veut bien le dire. En parallèle, en 1926 à la Petite France, un inconnu poursuit un homme qu'il projette d'assassiner, afin d'assouvir une vengeance…

Malgré l'abus de précisions géographiques dans les parcours urbains de Charles-Edouard, l'histoire tient en haleine. Smart démêle petit à petit l'écheveau en remontant la piste des deux paires de boutons de manchettes, la sienne et celle qu'un antiquaire niçois, passionné par la verrerie, a obtenu d'un riche Américain. Une quête sur des origines familiales et un secret de famille bien conservé. Smart est fort sympathique, avec ses costumes trois pièces et sa Jag, son obstination à trouver pour chaque mot important dix synonymes ; il a des airs d'Adamsberg dans son talent à être hors normes.

Un polar habilement mené, qui nous emmène dans les différents quartiers d'un Strasbourg contemporains et des années 30. Au gré de l'enquête de Smart, on découvre la ville sous différents aspects, géographiques et historiques, on plonge dans l'univers de la verrerie de Meisenthal, et on apprend que les Petit Lu symbolisent le temps. Un bon moment de lecture.

        

 

Catégorie : Policiers / thrillers

Alsace /

Posté le 14/01/2018 à 18:26

Chacune de ses peurs, Peter Swanson. Trad. de l'anglais. Calmann-Lévy, 09/2017 (Noir). 375 p. 21,90 €

Kate, une jeune Londonienne étudiante en arts, à peine remise d'une violente agression, échange son appartement contre celui de Corbin, son cousin américain à Boston. L'endroit est superbe, le logement immense et luxueux, les six mois prochains s'annoncent bien. Mais une jeune femme, Audrey Marschall, a été assassinée dans un appartement voisin. Aux dires d'un autre locataire, Alan Cherney, elle entretenait une relation régulière avec Corbin, qui prétend à peine la connaître. Pourquoi cachait-il sa liaison ? Et que penser d'Alan Cherney, qui espionnait Audrey avec ses jumelles ?

Le meurtrier ainsi que son mobile sont révélés à la moitié du roman. Le suspense se cantonne donc à trouver sa réelle identité, et à savoir si Kate sera sa prochaine victime. C'est un peu mince… d'autant que la psychologie des personnages est réduite : Kate est définie par ses angoisses et son addiction aux anxiolytiques,  Alan est sans relief, et Corbin passe pour un idiot sous la coupe de son ami, pervers narcissique dont le portrait est vite dressé. Par ailleurs, le récit est truffé de poncifs culturels : au restaurant, on s'enfile des litres de coca ou de bière ; quand on lit un roman le soir sur son canapé, c'est forcément avec un verre de vin rouge…

On cherche vainement en quoi les mésaventures de Kate ont pu mettre à jour chacune de ses peurs : peur d'être surveillée, cauchemars, certes, mais le titre laissait attendre une montée en puissance de l'angoisse qui n'est pas du tout exploitée. Pour résumer, une lecture détente sans grand intérêt, si ce n'est d'être distrayante.

 

Roman lu dans le cadre du Prix des Lectrices de Elle

 

 

Catégorie : Policiers / thrillers

Etats-Unis /

Posté le 10/01/2018 à 13:38

Tango fantôme, Tove Alsterdal. Le Rouergue, 10/2017 (Noir). 471 p. 23,50 €

                Un soir de printemps, une femme tombe de son balcon au cinquième étage. La police conclut rapidement à un suicide, mais Helene, sa sœur, est un peu dubitative. En fouillant dans ses affaires, elle découvre que Charlie, avec laquelle elle était brouillée depuis longtemps, menait une sorte d'enquête sur leur mère, disparue en Argentine en 1978, alors qu'elles étaient toutes petites. Helene part alors sur les traces de Charlie et de cette Ing-Marie qu'elle a si peu connue.

                Des femmes en quête. C'est le nœud central du roman. Il y a la quête d'amour et d'absolu d'Ing-Marie, qui va la conduire dans des hôtels sordides de Buenos Aires et se retrouver, bien malgré elle, membre d'un groupe d'opposants à la junte militaire et emprisonnée dans les geôles de l'ESMA. Il y a la quête de la mère chez Camilla-Charlie, hantée par la disparition de celle qui leur a préféré Ramon, au point d'en oublier sa famille et ses deux petites filles. Il y a enfin ce besoin irrépressible qui prend Helene, qui jusque-là menait une vie tranquille dont elle avait exclu tout élément susceptible de perturber son fragile équilibre, de comprendre et, aussi, mettre un visage sur cette mère disparue et probablement morte.

                Et chacune à sa façon la mène à son terme. C'est à la fois le début et la fin de ce roman, qui s'ouvre sur la mort de l'une, et se ferme sur le retrait du monde de l'autre. Entre les deux, le parcours d'Helene, qui va aller au bout d'elle-même, se découvrir, devenir elle-même. En ce sens, on peut s'interroger sur le genre de ce roman, qui répond partiellement aux critères du genre policier – il y a bien un meurtre, et une enquête – mais qui est également un roman d'introspection, et un roman historique. A travers la quête d'Helene, à travers la vie d'Ing-Marie, on découvre une Argentine bien loin des clichés habituels sur la ville du tango ; non, c'est la cité des desaparecidos, des femmes en fichu noir, et l'époque de la méfiance et de la peur, parfaitement incarnée 36 ans plus tard par le personnage de Ramon Maguid.

                J'ai été au début un peu perdue par le foisonnement des personnages, dont on perd certains de vue d'ailleurs ; je continue à m'interroger sur le rôle du voisin aux perroquets, somme toute anodin dans la mort de Charlie, et me demande s'il n'a pas été là surtout pour permettre à Helene de s'écarter un temps de son mari et pour montrer que son couple bat de l'aile. Et puis, on s'habitue aux points de vue qui se dégagent : celui d'Hélène, celui de Chevalier, et les retours en 1978. Un roman dense, long, bien mené, qui échappe aux clichés du genre et s'est avéré une bonne lecture.

 

 

Catégorie : Policiers / thrillers

Argentine / initiation /

Posté le 22/12/2017 à 15:46

En sacrifice à Moloch, Asa Larsson. Albin Michel, 09/2017. 444 p. 21,90 €

Dans les forêts de la Laponie suédoise, des chasseurs abattent un ours. Ils découvrent dans le cadavre une main humaine puis, très vite, le reste du corps éparpillé aux alentours. Il s'agit de Frans Uusilato, âgé de 90 ans. On conclut à un accident de chasse et on classe l'affaire, jusqu'à ce que, quelques mois plus tard, Sol-Britt, la fille d'Uusilato, soit assassinée à coups de fourche, tandis que son petit-fils Marcus a disparu. Le chien du procureur Rebecka Martinsson retrouve sa trace mais le petit garçon, choqué, ne peut témoigner. Elle découvre que d'autres membres de la famille ont succombé à une mort violente, et suspecte une vengeance, mais elle est évincée de l'enquête. Aidée par Krister Eriksson, son ami de longue date, elle mène une enquête officieuse...

Rebecka, qui n'a pas apprécié d'être démise de l'enquête au profit de l'antipathique et ambitieux Carl von Post, s'octroie un long congé maladie dont elle va profiter pour démêler les fils de cet écheveau familial, aidée par Krister, son amoureux transi qui tâche d'oublier les cicatrices qui le défigurent. De fausses pistes en rebondissements, elle va découvrir ce que cache cette famille dont l'histoire est née dans une mine d'extraction de minerai au début du 20ème siècle.

Le récit se partage donc entre les tâtonnements de Rebecka, qui par ailleurs tergiverse sur sa relation avec son petit ami, et les parties plus historiques mettant en scène Elina Petterson, institutrice, et Hjalmar Lundbohm, le directeur de la compagnie minière. C'est d'ailleurs cette histoire improbable entre cette jeune fille modeste et ce plénipotentiaire qui captive davantage le lecteur, - lequel en anticipe la fin bien avant la naïve Elina -, bien plus que l'enquête de Rebecka, qui à mon sens s'attache davantage aux galeries de personnages qu'aux faits, ces derniers ne prenant véritablement sens que dans la dernière partie du roman où la narration s'accélère et s'emballe.

A lire essentiellement pour l'ambiance de cet hiver qui arrive tôt dans cette région septentrionale, pour les personnages… et pour les chiens, dont le comportement est justement décrit.

         Roman lu dans le cadre du Prix Littéraire des Lectrices de Elle édition 2018.

 

 

Catégorie : Policiers / thrillers

Suède /

Posté le 10/11/2017 à 10:18

Ne fais confiance à personne, Paul Cleave. Sonatine, 08/2007. 458 p. 21 €

         Jerry Grey, célèbre auteur de polars, ne sait plus où il en est. A force d'inventer des meurtres plus ingénieux les uns que les autres, n'aurait-il pas fini par se laisser tenter et passer à l'acte ? D'autant plus que sa vie comporte d'étranges zones d'ombre... Hospitalisé pour un Alzheimer précoce, il ne parvient plus à discerner la réalité des fantasmes : qui est le vrai Jerry Grey ? Un romancier talentueux au cerveau affaibli par la maladie, ou un fou meurtrier, accusé du meurtre de sa femme, qu'il aurait commis dans un état second ? C'est alors que la police commence à soupçonner que les histoires de Jerry ont été inspirées de faits réels...

         La quatrième de couverture annonçait un roman dans la veine du thriller glaçant Shutter Island de Dennis Lehane. Je n'y ai cependant pas retrouvé l'habileté avec laquelle Lehane distillait le doute jusqu'à la dernière phrase. Ici, la maladie, qu'il surnomme le Capitaine A, lui fait oublier ce qu'il fait ; dans ses moments de lucidité, Jerry est lui-même, écrivain ; il agit mal sous la personnalité d'Henry Cutter, son nom de plume. Jerry-Henry est une sorte de personnage à la Dr Kekyll et Mr Hyde. Est-il conscient et responsable de ses actes ? Où est la part de fantasme dans ce qu'il raconte, puisque c'est là son métier, d'inventer, même si, dit-il, on doit s'appuyer sur ce que l'on connait ? Le récit se compose d'extraits de journal où Jerry est tantôt lucide, ou tantôt écrit sous le nom d'Henry, dans une mise en abîme qui touche à la perversité ; d'autres chapitres nous présentent l'écrivain enfermé dans la "maison de repos". Paul Cleave prend plaisir à perdre son lecteur entre ces différentes narrations, ainsi que dans une temporalité qui renonce à la chronologie. Tout cela fonctionne, et c'est plus dans  ces confusions, et dans les ravages que commet la maladie, parfaitement bien décrits, que réside l'intérêt du roman, plutôt que dans un doute levé dans la dernière partie du récit.


 

Catégorie : Policiers / thrillers

Etats-Unis /

Posté le 26/10/2017 à 17:40

Inavouable, Zygmunt Miloszewski. Fleuve Noir, 09/2017. Traduit du polonais. 588 p. 21,90 €

Quatre personnages sont réunis pour former une équipe des plus improbable, chargée par le ministère polonais de retrouver le Portrait de jeune homme de Raphaël, estimé à des millions de dollars, disparu au cours de la Seconde Guerre Mondiale. Leur quête va les mener sur les traces d'une collection complète de tableaux impressionnistes, spoliée par les Allemands, et les conduire aux Etats-Unis, puis dans divers pays d'Europe du Nord, les contraindre à se réfugier dans une cabane délabrée puis dans un zoo, afin de débusquer les toiles et de mettre la main sur un secret qui pourrait bien réécrire l'histoire.   

Un polar dans le monde de la peinture et des trafics en tout genre, qui allie aspect documentaire et intrigue palpitante. Un des moments forts du récit est à mon avis le casse raté de la villa du riche philanthrope, à New Rochelle. De rebondissement en rebondissement, Zofia, Karol, Lisa et Anatol parviennent à la vérité : on peut cependant regretter certaines grosses ficelles (la responsabilité de Zofia) ou l'apparition un peu gratuite de certains personnages que l'on perd de vue sitôt leur rôle d'indicateur achevé (l'écrivain et sa femme dans l'hôtel yougoslave, par exemple).

         A signaler aussi, l'excellente traduction qui permet au lecteur français de goûter l'humour de l'auteur. Par exemple, lorsque Karol Boznanski demande à son passager de "jeter" sa montre de prix dans la boîte à gants : "Mais… c'est une véritable Audemars. Karol lui jeta un coup d'œil éloquent, au point que le vice-président finit par mettre la montre dans la boîte à gants, mais avec tant de simagrées qu'on aurait juré qu'il venait d'enfoncer un œuf de Fabergé dans du fumier."

         Roman lu dans le cadre du Prix Littéraire des Lectrices de Elle 2018.


 
Catégorie : Policiers / thrillers
art / guerre /

Posté le 13/09/2017 à 12:23

Un appartement à Paris, Guillaume Musso. XO, 03/2017. 464 p. 21,90 €

Madeline Greene, ancienne enquêtrice à la police londonienne, vient de quitter ses fonctions pour s'accorder une pause. Elle a loué la maison du peintre Sean Lorentz, décédé l'année précédente, inconsolable après l'assassinat de son petit garçon. Mais la maison a été également louée à Gaspard Coutances, dramaturge, qui compte profiter de son séjour à Paris pour écrire sa nouvelle pièce, très attendue. La rencontre menace de tourner vinaigre, mais les deux jeunes gens se découvrent une passion commune pour Sean Lorentz, dont ils parviennent à trouver trois derniers tableaux. Leur quête les amène à se pencher sur la mort du fils de Lorentz, dont ils sont de plus en plus persuadés qu'il est toujours vivant…

Thriller, page turner, ce récit regorge effectivement de rebondissements. Mais il est également truffé d'invraisemblances (Gaspard, qui n'a pas de téléphone portable, s'achète un smartphone dont il devient un pro en moins de 24 heures, les deux personnages sautent dans un avion comme on prend le métro, faisant fi de toute contrainte horaire ou pécuniaire…), de détails convenus et de culture picturale qu'on étale pour tenter de faire oublier qu'il s'agit d'un roman de gare. Bref, à lire d'un œil à l'heure de la sieste, et à oublier très vite.

 

 

Catégorie : Policiers / thrillers

Posté le 11/08/2017 à 18:56

Quand sort la recluse, Fred Vargas. Flammarion, 05/2017. 478 p. 21 €

        Le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg a pris le large en Islande. Mais il doit quitter son refuge et rentrer à Paris : une nouvelle enquête sur la mort d'une femme écrasée sous les roues d'un 4X4 l'appelle. L'affaire est résolue en 24 heures, bien qu'Adamsberg soit toujours dans les brumes de son esprit qui s'évade et s'intéresse à la mort de trois octogénaires, dans la région de Nice. Tous piqués par la loxosceles rufescens, l'araignée recluse, dont le venin provoque des nécroses. Mais personne ne croit que la mort de ces trois hommes soit due à un venin d'araignée, dont la quantité est trop faible pour être létale. Personne, sauf le commissaire, dont la curiosité le conduit au muséum d'histoire naturelle, où il fait la connaissance d'Irène Royer-Ramier, une septuagénaire qui va l'aider à mener cette enquête officieuse, laquelle va le conduire d'impasse en impasse…

         Du Vargas grand cru, où l'on retrouve la musique de la langue, les personnages typés de la brigade – les mèches rousses de Veyrenc, très présent dans ce récit, Mordent l'hypersomniaque, Violette Retancourt, Danglard mis au rancard… -, des situations loufoques comme celle où la brigade entière se mobilise pour nourrir une famille de merles qui a élu domicile dans la cour du commissariat.

Et surtout, quelle maestria dans cette enquête pleine de fausses pistes ! Adamsberg suit son chemin à sa manière habituelle, attendant que les bulles de pensées viennent en surface. Il parvient à convaincre certains éléments de la brigade à collaborer et à traquer celui ou celle qui est parvenu à se servir du venin de la recluse comme d'une arme mortelle ; il s'obstine, avec pour lui ses seules intuitions et la confiance de quelques subordonnés. Comme Sherlock Holmes ou Hercule Poirot, c'est lui qui trouve la clé de l'énigme, à force d'obstination parce que, suivant le conseil de Lucio, quand ça démange, il faut gratter, jusqu'au sang.

 

 

Catégorie : Policiers / thrillers

Posté le 06/07/2017 à 16:40

La fille d'avant, JP Delaney. Mazarine, 03/2017. 428 p. 21,90 €

Jane vient de perdre son bébé. Elle a besoin de se remettre et décide de s'installer dans un logement où elle se sentira bien. Elle découvre le 1, Folgate Street, une maison d'architecte dont le décor minimaliste la séduit instantanément. Mais la signature du bail est soumise à l'approbation de son créateur, Edward Monkford, qui impose à ses locataires une série de règles draconiennes incontournables s'ils veulent rester dans la maison. Jane s'y plie, et découvre l'identité des occupants précédents, Emma et Simon, qui ont vécu ici un moment, jusqu'à leur séparation. Emma est restée, jusqu'à sa mort quelques mois après, d'une chute dans l'escalier. Jane commence à se sentir menacée, d'autant plus qu'elle apprend que la femme et le fils de Monkford sont morts pendant la construction de la maison...

         Les chapitres alternent entre l'histoire de Jane et celle d'Emma. Bien vite, on se rend compte que la première répète, parfois au geste ou à la parole près, ce qu'a fait la précédente. Certains chapitres se répètent, en une sorte de copié-collé où seuls les prénoms changent. L'effet fonctionne, même s'il est un peu grossier : l'auteur embarque le lecteur dans une suspicion grandissante vis-à-vis de Monkford, qui apparaît comme un véritable monstre de perversion, froid et calculateur. Ce choix d'attirer l'attention sur lui minimise le rôle du petit ami, et rend le dénouement peu crédible.

         L'idée de départ était séduisante, mais l'intrigue cousue de fil blanc et les personnages trop caricaturaux, qu'il s'agisse de Monkford ou des deux jeunes filles dont la naïveté confine à la bêtise.

 

Catégorie : Policiers / thrillers

Posté le 31/05/2017 à 09:29

Graham Joyce. Au cœur du silence. Gallimard (Folio), 02/2016. 341 p. 7,70 €

Zoé et Jake fêtent leurs dix ans de mariage dans une petite station pyrénéenne. Ils sont en train de skier quand ils se font surprendre par une avalanche. Zoé se retrouve enterrée sous la neige, et manque d'étouffer, jusqu'à ce que Jake, qui s'est accroché à un arbre, parvienne à la délivrer. Ils retournent au village pour s'apercevoir qu'il a été évacué de tous ses occupants. Leur hôtel est également désert, mais l'électricité fonctionne encore. Ils y passent donc la nuit, et, comme ils ne parviennent à joindre personne, décident alors de quitter le village en empruntant une voiture. Le brouillard les contraint à faire demi-tour. Leur nouvelle tentative le lendemain est elle aussi vouée à l'échec : apparemment, ils ne peuvent s'en aller, et leurs pas les ramènent toujours à leur point de départ...

Ce roman est étonnamment publié chez Gallimard en Folio SF, alors qu'il relève à mon sens davantage du thriller. Un couple se retrouve dans un village abandonné, mais qui jouit de tout le confort de la vie moderne : les magasins et restaurants sont ouverts – même si les cuisiniers ont disparu -, tout est à disposition, et même les télésièges fonctionnent. Le paradis… Évidemment, Zoé et Jake, d'abord un peu gênés, oublient vite leurs scrupules et profitent de leur liberté, quoiqu'un peu timidement. On s'attend à ce que le huis clos devienne pesant, et que le couple se déchire. On pressent la rupture… d'autant plus que les deux jeunes gens ont l'insulte facile – on peine à croire qu'ils soient amoureux à se traiter de "connard" et d'autres mots d'oiseaux – ce qui les rend assez peu sympathiques. Pourtant, l'union tient. Et de nombreux petits détails s'accumulent, qui vont bientôt faire basculer le récit dans un climat d'angoisse où l'auteur distille des indices qui prendront sens au dénouement… même si celui-ci est un peu attendu. Un roman qui tient son lecteur en haleine et remplit donc son contrat.


Catégorie : Policiers / thriller

grands espaces /

Posté le 16/12/2016 à 10:19