Le dernier dragon sur terre, Eoïn Colfer / trad. de l'anglais. Pygmalion, 08/2020. 398 p. 21,90 € ****

Dernier survivant de la race très ancienne des dragons, Wyvern a connu une époque glorieuse où il terrifiait les populations humaines et vivait en seigneur absolu sur les terres du Haut-Feu. Désormais, il ne s'appelle plus que Vern, et vit isolé au fond du bayou, où il regarde Netflix vêtu d'un tee-shirt Flashdance en sirotant de la vodka que lui livre son seul ami Waxman. Mais celui-ci doit s'absenter et Vern est contraint de faire appel à Squib, un jeune garçon qu'il va charger de faire ses courses. Squib est surveillé de près par le constable de la ville, mouillé jusqu'au cou dans de sombres trafics. L'existence de Vern risque d'être révélée au grand jour...

         Les monstres ne sont plus ce qu'ils étaient. Vern a perdu sa grandeur passée, et soigne sa mélancolie en s'alcoolisant tandis que Waxman, un des rares hybrides mi-dragon mi-humain doit s'ensevelir sous terre (plus précisément sous de la merde de dragon) pour faire sa mue. Seule demeure chez Vern sa méfiance envers les humains qui sont venus à bout de tous ses congénères. Et voilà qu'il s'attache à ce jeune homme, d'abord parce qu'il a besoin de lui, et ensuite parce que sous ses écailles pare-balles bat un cœur sensible. En revanche, les méchants restent des méchants. Regence Hooke, qui n'a pour égal en terme de cruauté que le capitaine du même nom, est le mal absolu. Le trait est un peu outrancier, d'autant que l'homme a des vues sur la mère de Squib et que sa vision des femmes n'est pas franchement des plus bienveillantes. Si on fait fi du côté manichéen de l'intrigue, on appréciera l'humour : on découvre le mode de vie d'un dragon et qu'il a besoin de boire, en plus de la vodka, des litres d'huile pour parvenir à faire des flammes, on apprend combien il est difficile pour une créature de son espèce d'avoir une bonne connexion wifi ou de se faire obéir des crocodiles ; il y a aussi des passages absolument réjouissants comme celui où Vern détruit un immeuble de la mafia tout entier tandis que Hooke ne doit sa survie qu'à une chambre froide dans laquelle il s'enferme. Le récit fait également la part belle à la Lousiane et au bayou. Malgré quelques imperfections et certaines longueurs, cette première tentative d'un auteur dans le monde de la fantasy pour jeunes adultes est plutôt réussie.

 

Catégorie : Anticipation

dragon / vengeance / Louisiane /


Posté le 18/06/2021 à 09:21

L'année de grâce, Kim Liggett / trad. de l'anglais. Casterman, 10/2020. 441 p. 19,90 € ****

A 16 ans, Tierney vit dans un monde patriarcal où les femmes sont complètement soumises à leur mari et répudiées si elles sont incapables de donner un fils à leur mari. Thierney a atteint l'âge fatidique où les jeunes filles sont considérées comme envoûtantes, charmeuses et dangereuses sont envoyées dans un camp sur une île où elles passeront un an, le temps que leur magie disparaisse. Elles devront se débrouiller pour survivre dans des conditions de vie rudimentaires. A l'issue de cette année, les survivantes devront se conformer aux lois du comté : elles épouseront celui qui les as choisie et si aucun homme ne veut d'elles elles iront travailler à l'extérieur de la ville. Forte des enseignements de son père, Tierney va lutter pour sa survie et celle des autres filles.

Des femmes choisies par les hommes, sans aucune maîtrise sur leur destinée ; une société autoritaire où tout abus est puni d'exécution en place publique ; des notions de plaisir et de distraction formellement interdites : le monde de Tierney semble issu des temps médiévaux les plus crépusculaires. Mais la jeune fille incarne la révolte, qui s'exprime dès le début du roman, lors de la cérémonie de la distribution des voiles, la veille du départ pour l'année de grâce : c'est un moment que toutes attendent avec impatience, sans rien savoir de l'identité de celui qui va jeter son dévolu sur l'une ou l'autre. Tierney, elle, ne veut pas de mari, et préfèrerait travailler dans l'une des maisons de labeur. C'est sa différence qui va la sauver, même si elle doit en passer par de nombreuses épreuves, à commencer par son bannissement de l'enceinte du camp retranché où le groupe va passer l'année complète, et par sa survie dans un monde hostile où règnent de féroces braconniers qui chassent et tuent toutes celles qui auront eu l'imprudence de sortir. Entière et généreuse, pleine de bravoure et sans rancune, c'est une cousine de Katniss, la jeune héroïne de Hunger Games. Les épreuves qu'endurent les jeunes filles pendant leur "année de grâce" ont beaucoup à voir avec celles que Suzanne Collins fait subir aux concurrents des jeux mortels de sa saga, tandis que la question du statut de la femme renvoie à La servante écarlate. Avec en sus la question de la féminité, cette magie qui fait tant peur aux hommes et dont il faut débarrasser les jeunes filles, de gré ou de force. Récit d'aventures, récit féministe et roman d'amour, l'histoire se lit sans peine et avec plaisir.

 

Catégorie : Anticipation

femme / féminité / tyrannie / misogynie / exil /


Posté le 02/06/2021 à 14:07

Les agents, Grégoire Courtois. Le Quartanier, 02/2020. 292 p. 18 € ****

Une société futuriste où le travail est devenu la seule valeur sociale, à laquelle se consacrent des agents, chacun dans son box blindé, au sein de hautes tours de verre. Leur mission : surveiller les millions de données qui s'affichent sur leurs écrans, veiller à la bonne marche du monde économique. Tout cela sans relâche ou presque, puisque ces agents travaillent de cinq heures du matin à minuit, avec des pauses de quinze minutes toutes les trois heures, sept jours sur sept. L'agent modèle vit sur son lieu de travail, dort dans son box – on a supprimé depuis longtemps les trajets domicile-travail qui représentaient trop de perte de temps et financière. Chacun lutte pour conserver son poste, sous la protection d'une guilde – la Colonne rouge, les Copieurs, les Bookies, la Kon-Tha, etc - et tous les moyens sont bons pour y parvenir, ruse, stratégie, violence. C'est à ce prix qu'ils pourront éviter le renvoi par les Airaches, et la rue, où règnent les chats, le chaos et l'inconnu... C'est alors qu'arrive le remplaçant d'un agent qui s'est défenestré. Le nouveau attire l'attention sur lui et pourrait bien être le grain de sable qui va venir gripper l'engrenage…

Quartier Sud, tour 35S, étage 122, secteur Y1, box 314. C'est de là qu'écrit la narratrice Elisabeth, qui fait partie d'une petite guilde, dont sont membres Laszlo, un artiste qui filme sans cesse et s'enregistre, Solveig, entièrement épilée jusqu'au moindre cil, Théodore, qui s'est amputé de tous les orteils, et Clara, qui se lacère méthodiquement tout le corps sous anesthésie locale. Des fous ? La folie est toute relative, dans un monde où règne l'absurde : les employés sont strictement inutiles mais cependant réduits à un véritable esclavage, avec pour seul horizon et seule ambition de conserver son box et de survivre, à coups de grenade ou de rafales de mitraillette – uniquement au moment des pauses. D'ailleurs, les suicides ne sont pas rares, au point que plus personne ne prête attention aux corps qui chutent devant les baies vitrées de la tour, des dizaines de fois par jour. Un univers qui n'est pas sans rappeler celui de Brazil de Terry Gilliam, ou 1984 de George Orwell, avec une coloration contemporaine. Evidemment, c'est délirant, absurde, parfois outrancier, mais cette vision du futur, où la reproduction est assurée par des machines, où le contexte de vie privée n'existe plus, où l'humain est réduit à une tâche répétitive sans aucun sens si ce n'est sa survie pour échapper à l'inconnu, n'est pas qu'une simple fable dystopique. Le futur qu'elle présente fait froid dans le dos.

 

Catégorie : Anticipation

entreprise / concurrence / guerre / solidarité / machine / esclavage /


Posté le 02/06/2021 à 13:38

C'est l'Inuit qui gardera le souvenir du Blanc, Lilian Bathelot. Pocket, 11/2020. 251 p. 7,30 €

         2089. Tous les habitants de la planète sont soumis à une stricte surveillance exercée par les gouvernements, via un implant. Impossible de faire un pas sans être muni d'une autorisation. Seules quelques zones échappent à la surveillance mondiale, notamment des régions peu peuplées comme le Groenland où une certaine liberté perdure, avec le maintien de traditions ancestrales. Kisimiippunga, une jeune chercheuse inuit, s'apprête à terminer sa Première Chasse, quand elle rencontre un Européen blessé. Qui est-il ? Que vient-il faire sur la banquise ?

         Ce récit de science-fiction sur fond de banquise est bourré de péripéties et se lit avec plaisir. Il regorge également de trouvailles technologiques qui semblent parfaitement plausibles. Ce qui l'est moins, c'est l'heureuse coïncidence qui fait se rencontrer la jeune chasseresse et le blessé. Ce dernier n'est rien d'autre qu'un policier devenu rebelle, que les autorités recherchent activement tandis qu'il poursuivait de la jeune Inuit, pour des raisons qu'il lui expliquera ensuite. C'est elle qui le découvre évanoui, et c'est à elle qu'il doit la vie. C'est alors que le récit s'éloigne du thriller ou de l'anticipation pour prendre un virage mystique : le récit fait la part belle à la culture inuit, qui va permettre à Kisimiipunga d'échapper à ses poursuivants, tandis que certains des membres du commando prennent fait et cause pour eux. C'est sans doute l'intérêt principal de ce roman inclassable, où des traditions ancestrales sont capables de lutter contre un régime technologique et liberticide.

 

Catégorie : Anticipation

banquise / Groenland / surveillance / technologie /


Posté le 21/05/2021 à 14:35

Le sanctuaire, Laurine Roux. Le Sonneur, 08/2020. 147 p. 16 € ****

         Une famille vit isolée dans un endroit perdu, près d'une mine désaffectée. Ils semblent faire partie des rares survivants d'une catastrophe dont on découvre progressivement l'origine. Sous la férule du père, autoproclamé chef du Sanctuaire, la famille parvient à maintenir un quotidien en complète autarcie, où chacun a un rôle bien défini : le père part régulièrement en expédition pour récupérer du matériel, sa femme entretient la maison, et les deux filles, soumises à un entraînement militaire, sont chargées du bois ou de la chasse. Ainsi Gemma, née dans le Sanctuaire, est-elle devenue une chasseuse hors pair avec son arc. Lors d'une chasse, elle rencontre un homme étrange qui la capture. Elle découvre alors qu'il vit avec des rapaces qu'il est parvenu à domestiquer.

         Cette rencontre, c'est le moment de bascule : voilà que Gemma commence à prendre conscience qu'il existe une autre réalité que celle qu'elle connait, dans laquelle les oiseaux ne sont pas les ennemis à abattre et à brûler au lance-flammes. Et que l'autorité du père est petit-à-petit remise en question. Gemma prend peu-à-peu son indépendance, découvre la griserie de la liberté, jusqu'à briser le tabou ultime, franchir la frontière qui sépare le Sanctuaire du monde extérieur. Roman d'initiation sur fond de thématique survivaliste, le récit fait la part belle à la nature dans laquelle les humains n'ont plus d'autre choix que de retrouver leurs instincts de chasseur. J'ai été en revanche moins convaincue par les personnages, qui m'ont paru un peu caricaturaux, notamment les parents – le père, ancien artiste rebelle devenu un véritable tyran domestique, et la mère, dépressive et nostalgique d'une époque révolue, aimante mais incapable de la moindre initiative.

 

Roman lu dans le cadre des 68 premières fois

 

Catégorie : Anticipation

apocalypse / catastrophe / famille / révolte /


Posté le 10/05/2021 à 15:55

La nuit des temps, René Barjavel. Pocket, 08/2012. 410 p. 7,60 € *****

         Relecture de ce grand classique de la SF, et toujours enthousiaste !

Une équipe de scientifiques français est chargée de forer la glace en Antarctique, sur la base Paul-Emile Victor, par petites sections. A la surface de l'une d'elles, le nouveau sondeur enregistre un son, un signal probablement vieux de 900 000 ans. L'équipe se met à creuser et, à un kilomètre de profondeur, découvre les vestiges d'une mystérieuse civilisation perdue, et exhume une sphère de presque trente mètres, en or. Après maintes tentatives, on réussit à l'ouvrir. A l'intérieur, un couple, maintenu dans un état de conservation parfait grâce à un froid extrême. L'équipe du Pr Simon, médecin, décide d'abord de ranimer la femme, qui revient à la vie…

         Les aspects techniques et scientifiques de ce roman de science-fiction, écrit dans les années 60, ont passablement vieilli. Au demeurant, cela ne semble pas être la préoccupation majeure de l'auteur qui ne s'embarrasse pas de détails et fait fi d'éventuelles incohérences. Peu importe. Sous nos yeux se dessine une société utopique, merveilleuse, inventeur de l'énergie universelle, malgré les guerres épouvantables qui ont conduit à son extinction. Cependant, si le monde de Gamba est merveilleux, il n'est pas parfait, et même les mondes les plus fascinants ont leurs territoires d'ombre. La vénalité des hommes a détruit ce mythe, comme elle a détruit l'amour fusionnel qui unissait Eléa à Paikan. Et, spectateur désespéré de cette Apocalypse ancienne, le Pr Simon, qui voue à Eléa un amour aussi vain qu'il est fort, et qui est pour moi le personnage le plus attachant de ce récit.

 

Catégorie : Anticipation

mythe / civilisation / amour / perte / guerre /


Posté le 11/01/2021 à 17:56

Une colonie, Hugh Howey / trad. de l'anglais. Actes Sud, 10/2020 (Exofictions). 293 p. ****

Des grandes puissances envoient dans l'espace des vaisseaux avec à leur bord cinq cents embryons humains afin de fonder des colonies sur d'autres planètes. A l'arrivée du vaisseau, les embryons sont mis en croissance et élevés par une IA qui les forme pour les préparer à leur nouvelle vie avant de les réveiller à leur trentième anniversaire. Mais la population d'un des vaisseaux est réveillée 15 ans trop tôt, et seuls 60 membres survivent à un incendie pour se retrouver livrés à eux-mêmes, sans avoir achevé leur formation. Parmi eux, Porter, initialement destiné à être le psychologue du groupe, est effaré par la tournure que prend la gestion du groupe, qui se transforme peu à peu en dictature…

On va comprendre que l'IA Colony n'a pas su faire un choix entre deux options : mener les 500 humains au terme de leur croissance, ou les "avorter" – ce pour quoi elle est aussi programmée – si elle se rend compte que la colonie s'avère dangereuse. La survie d'un dixième des colons est due à cette ambivalence. Certes, la planète où les survivants naissent n'est pas hostile en apparence ; rien dans la faune et la flore ne menace le groupe, qui parvient à survivre en se nourrissant de fruits étranges dont la forêt est prolixe. A noter que l'auteur a de belles trouvailles :  la forêt est composée d'arbres dont la circonférence mesure plusieurs kilomètres, aux feuilles grosses comme des planches de surf ; c'est la nourriture de chenilles géantes et parfaitement pacifiques qui vont bien aider le groupe de Porter. Mais y aussi une autre bestiole, nettement plus dangereuse, qui n'est pas pour rien dans l'hésitation de l'IA et qui conditionne le sort de la colonie, mais je n'en dirai pas plus, sous peine de divulgâcher un récit bien enlevé.

 

Catégorie : Anticipation

planète / colonisation / monde inconnu / survie /


Posté le 18/12/2020 à 11:15

2030, Philippe Djian. Flammarion, 08/2020. 210 p. 20 € ***

Greg travaille dans un laboratoire dirigé par son beau-frère. Celui-ci est responsable de diverses malversations, et le rend complice de la falsification d'une étude sur les pesticides. Cependant Greg soutient sa nièce, fortement engagée dans le mouvement écologiste et la lutte contre le réchauffement climatique, sous l'égide de la jeune femme à nattes à l'origine de la mobilisation des jeunes. Par ailleurs il va rencontrer Véra, une éditrice impliquée dans ce combat, qui lui plait beaucoup. De quoi faire changer sa vision des choses et lui faire oublier la Porsche qu'il conduit, à l'empreinte écologique désastreuse... Une anticipation pas si lointaine où le monde est entré dans la survie.

Dans le monde de 2030, le climat est complètement déréglé : il fait une chaleur torride, avant que ne surgisse un froid extrême. La question de la préservation de l'environnement est cruciale, mais semble être restée un combat bien vain malgré une forte mobilisation, dont les nantis s'écartent pour continuer à profiter égoïstement de leurs privilèges sans scrupules particuliers. L'histoire de Greg et de ses proches – avec l'hommage rendu en filigrane à Greta Thunberg – pourrait être touchante, mais elle est à mon sens desservie par une écriture froide, parfois ironique, que je peine à apprécier, et qui empêche une véritable empathie pour les personnages. On pourra cependant être sensible à la thématique écologique, puisque, pour paraphraser un certain homme politique, la maison brûle alors que nous continuons de regarder ailleurs.

 

Catégorie : Anticipation

climat / écologie / militantisme / amour / jalousie /


Posté le 18/12/2020 à 11:14

Seconde humanité, Adrien Mangold. L'Homme sans nom, 02/2018. 147 p. 19,90 € **

        Année 100 après le Grand Bleu, c'est-à-dire la catastrophe écologique qui a vu les terres recouvertes par les Océans et fait des milliards de victimes, un virus s'échappe d'un laboratoire et contamine la population à une vitesse stupéfiante. Les gens décèdent en 72 heures, dans d'atroces souffrances. César Sefria, directeur du laboratoire, qui venait tout juste de se marier perd sa femme. Pas le temps de faire son deuil il est accusé d'être responsable de la pandémie et chargé de trouver un antidote. A court d'idées, il lit un manuscrit qui raconte comment s'est passé le Grand Bleu et présente le destin de quatre personnages, espérant y trouver la clé qui lui permettra de sauver le monde.

        Ce récit regorge de trouvailles, qu'il s'agisse d'architecture, de mode de vie ou de personnages. Au risque de s'y perdre, d'autant plus que les péripéties ne manquent pas. De plus, le choix d'insérer en plein milieu de l'histoire un autre récit qui a lieu 100 ans plus tôt fait complètement perdre de vue l'intrigue principale. Le tout paraît confus, d'autant plus que le roman est desservi par une langue maladroite, parfois ampoulée, avec des erreurs de concordance des temps et des fautes d'orthographe inadmissibles, comme celle d'écrire "chaire" pour la chair et les os.

 

Catégorie : Anticipation

catastrophe / inondation / virus / épidémie /


Posté le 12/10/2020 à 16:51

Mission M'Other, Pierre Bordage / Melanÿn. J'ai Lu, 11/2018. 252 p. ****

      Lia est la seule rescapée de l'incendie du vaisseau spatial dans lequel elle a grandi, quand sa famille a quitté la Terre. Elle atterrit pour découvrir un monde en ruines et désert, dans lequel elle est livrée à elle-même. Elle se met à tenir un journal de bord dans lequel elle raconte sa quête pour essayer de retrouver d'éventuels survivants à travers une France ravagée par une catastrophe dont on ne connaîtra pas l'origine. Il y a en a, notamment les redoutables Salutis Angeli, qui torturent et exécutent sauvagement tous ceux qui refusent de se rallier à leur bannière…

         La jeune fille vit de nombreuses aventures dont elle parvient à se sortir. Cela paraît sans doute un peu facile, mais l'histoire reste très agréable à lire, sous la plume de Pierre Bordage et devrait plaire à un public adolescent, d'autant plus que les termes abordés – la destruction du monde, la violence, le sectarisme, l'amour naissant - sont intéressants et susceptibles de fournir matière à échanges. A noter le joli jeu de mots du titre dont on comprendra le sens à la lecture du dénouement.

 

Catégorie : Détente / Ados

catastrophe / destruction / adolescence / famille /


Posté le 16/09/2020 à 17:30

Dernières fleurs avant la fin du monde, Nicolas Carteret. Le Livre de Poche, 01/2020. 182 p. 7,20 € ****

         Dans ce monde uniformément gris, les abeilles ont disparu. Sous peine de voir l'humanité mourir, les hommes se chargent de la pollinisation, et répandent à la main le pollen sur les fleurs des arbres fruitiers. Albert Villeneuve est journalier dans une section dont il est chef. La révolte gronde parmi les ouvriers qui travaillent dans des conditions très dures, pour un maigre salaire payé en pommes de terre. Il est convoqué chez le Duc, propriétaire plénipotentiaire de la plantation craint par tous. Qu'a-t-il fait de mal ? Rien, on le charge simplement d'apprendre à lire à Apolline, la fille du Duc…

         L'histoire a lieu dans une époque indéterminée, après une probable catastrophe. De ce qui a fait disparaître le soleil et donc les abeilles, on n'en saura rien. Au-delà de la peinture sociale du travail acharné, de la rentabilité à tout prix et des inégalités, le roman s'attache au personnage d'Albert. A l'instar de ses collègues, il souffre de ce quotidien répétitif, et surtout de ce qu'il ne bande plus. Son couple se délite, sa femme vieillit et se tue à la tâche dans une usine de médicaments. A l'heure où la révolution contre le capitalisme gronde, Albert s'éloigne et se réjouit des menus avantages que peut lui procurer son nouveau statut de professeur. Cependant, au contact d'une Apolline solaire qui ne pourra jamais apprendre à lire, Albert s'ouvre à un autre monde, fait de musique, de poésie et de joie, tandis que la lutte continue entre patrons et ouvriers. Un récit tour à tour sombre et lumineux, écrit dans une belle langue qui n'a pas peur des mots crus tout en laissant la part belle à la poésie. Moins un récit d'anticipation, finalement, qu'un beau récit intimiste.

 

Catégorie : Anticipation

abeilles / arbres / condition ouvrière / inégalités sociales /


Posté le 16/09/2020 à 17:28

Enfin la nuit, Camille Leboulanger. L'Atalante, 08/2011. 187 p. 12,90 € ****

Un soir de janvier, le ciel se fige sur des teintes incongrues de soleil couchant. Depuis lors, il reste rouge, et il fait jour en permanence. Le monde sombre alors dans le chaos et l'anarchie, ou chacun raisonne individuellement et manque progressivement de denrées alimentaires. Thomas décide de partir sur les routes, et fait la rencontre de Sophie. L'adolescente va l'accompagner dans un quotidien fait de bonnes ou de mauvaises rencontres, où il s'agit avant tout de survivre.

         Un road-movie post apocalyptique, à la lecture duquel on pense forcément à La route de Cormac MacCarthy. Mais le souffle y est bien différent, il y manque sans doute l'empathie que suscitait ce couple père-fils dans un monde de cendres. Thomas reste assez froid, et on peine à s'identifier à lui. Cependant, ce récit exploite plutôt bien cette hypothèse terrible d'un événement climatique – dont on ne connaîtra jamais l'origine – et de ses conséquences sur l'humanité, qui révèle alors ce qu'elle a de beau et de plus horrible.

 

Catégorie : Anticipation

catastrophe climatique / exode / survie /


Posté le 16/09/2020 à 17:18

Transparence, Marc Dugain. Gallimard, 04/2019. 222p. 19 € ***

         2060. Le monde menacé par le réchauffement climatique est gouverné par les multinationales du web qui ont la main mise sur toutes les données personnelles. La société Transparence s'apprête à monter une arnaque boursière et racheter Google. A sa tête, Cassandre Namara, qui dirige également le programme Endless, un projet visant à recréer l'être humain à partir de ses données numériques. L'immortalité est à portée de l'homme… Pour le prouver, Cassandre orchestre son propre assassinat pour renaître sous forme d'un clone parfait.

         Un roman d'anticipation qui évoque les deux problèmes majeurs de notre époque. C'est terriblement plausible, et Marc Dugain pointe parfaitement les dérives de notre société et les dangers qui nous guettent. On peut cependant regretter les derniers chapitres, qui viennent donner un ton raisonnable à ce récit qui n'en avait nul besoin.

Catégorie : Littérature française / Anticipation

mythe / immortalité / transhumanisme / données personnelles /

 

Posté le 09/08/2019 à 10:13

La boîte de Pandore, Bernard Werber. Albin Michel, 09/2018. 543 p. 22,90 € **

René Toledano est professeur d'histoire. Sa collègue Elodie l'emmène un soir assister à un spectacle d'hypnose sur une péniche appelée "La Boite de Pandore". Désigné par l'hypnotiseuse, il parvient à atteindre le niveau de ses vies antérieures et découvre qu'il a été soldat durant la première guerre mondiale et qu'il a perdu la vie sur le front. Epouvanté par la violence de la mort de son ancien "moi", il s'enfuit et se fait alors agresser par un skinhead allemand. En se défendant, il provoque la mort de son agresseur et jette son corps dans la Seine. Désemparé, il décide de retourner voir l'hypnotiseuse afin qu'elle annule les conséquences de ce qu'il a vu de ses vies antérieures. Elle ne peut revenir en arrière mais lui propose de découvrir d'autres de ses vies antérieures : il remonte alors le temps, se découvre ancienne comtesse mourante, Indienne séductrice, galérien révolté, et enfin habitant de l'Atlantide lors de sa première incarnation… un monde merveilleux de paix et de bonheur, menacé par un raz-de-marée. Comment peut-il intervenir et sauver ce monde ?

René Tolédano est un enseignant tout à fait ordinaire, si ce n'est qu'il est obsédé par la vérité historique niée par la version officielle des historiens, qui se sont conformés aux politiques dominants. Sa régression hypnotique lui fait prendre conscience que le mythe de l'Atlantide recouvre en réalité un fait bien réel, dont il se donne mission de prouver la véracité au monde. Il tâche ainsi de persuader ses élèves que l'enseignement traditionnel est un vaste mensonge. Ses classes éberluées finissent par se plaindre, on le menace de mise à pied, il finit par démissionner, déterminé à sauver l'Atlantide. Il emmène avec lui l'hypnotiseuse qu'il a largement convaincue, alors même que cette dernière s'avère incapable de se connecter à ses vies antérieures, en raison d'un blocage de son subconscient que René va tenter de lever.

L'histoire repose donc sur cette notion de métempsychose, et la possibilité de dialoguer avec ses moi antérieurs. Si l'on accepte le postulat, on suit avec plaisir les aventures de René dans ce récit plein de rebondissements et d'idées altruistes ; si on le réfute, l'histoire passe au mieux pour un récit d'aventures rocambolesques auquel on va adhérer avec suspicion et parfois agacement, tant l'auteur ne craint pas les invraisemblances ou de mélanger toute la mythologie. Outre l'Atlantide, il convoque l'Arche de Noé, les Sumériens, les manuscrits de la Mer morte, tout y passe et se justifie par la quête de vérité de René. On referme ce livre après s'être bien distraits, non sans se demander si, au fond, on ne nous mentait pas depuis le début : la terre est peut-être bien plate et l'homme n'a jamais marché sur la lune…


 

Catégorie : Anticipation

métempsychose /

Posté le 18/01/2019 à 14:06

Les chemins de Damas, Pierre Bordage. Le Livre de Poche, 01/2014. 505 p. 7,60 € **

         Après un long conflit contre les nations musulmanes, la vieille Europe a sombré dans la misère, et voit proliférer nombre de bandes et de milices, habités de préjugés racistes. Quelques privilégiés s'en sortent, abrités dans des résidences très surveillées. Jemma fait partie de ces élus, jusqu'au jour où sa fille disparaît sans traces apparentes de violence. Fugue ou enlèvement ? Jemma ne croit pas à la première hypothèse, et est prête à tout pour retrouver sa fille. Elle trouve un curieux allié en la présence d'un certain Luc, un personnage dépenaillé avec lequel elle va entreprendre l'impossible : se rendre aux confins du Moyen-Orient aux frontières infranchissables pour savoir ce qu'il est advenu de sa fille.

         A travers ce récit, c'est la remise en cause de notre société et le développement d'une hypothèse d'évolution qui sont présentés. Le récit, parfois rocambolesque, paraît un prétexte pour dénoncer les excès de ce futur assez plausible. Les personnages sont d'ailleurs assez plats, puisque l'important n'est pas là.


 

Catégorie : Anticipation

politique / islam /

Posté le 18/01/2019 à 14:04

Ah ! ça ira, Denis Lachaud. Actes Sud, 08/2015. 426 p. 21,80 € ****

         Antoine est commandité pour une mission particulière : avec deux comparses, il s'agit d'enlever le président de la République et de s'exprimer publiquement pour dénoncer les inégalités du régime soi-disant démocratique. L'élu est assassiné, Antoine retrouvé et emprisonné pendant une vingtaine d'années. A sa sortie, en 2037, il est accueilli par sa fille Rosa. Elle semble avoir hérité de la même fibre révolutionnaire que son père, et se retrouve à la tête d'un mouvement pacifiste et citoyen qui dénonce l'inflation, l'impossibilité de trouver un logement décent, et le regroupement de tous les demandeurs d'asile dans des ZeST, Zones de Séjour Temporaire installées dans les faubourgs des grandes villes, où des employeurs sans scrupules exploitent la population en attente d'accueil. LE climat social est injuste et tendu. Jusqu'au jour où un maraicher se fait confisquer son étal et, devant l'inaction des forces publiques, s'immole par le feu. La protestation gronde. Rosa et son ami Rufus décident d'agir et vont camper sur les Champs Elysées. Ils sont rejoints au cours de la nuit par des dizaines d'autres militants prévenus via les réseaux sociaux…  

         Voilà le nœud du roman : la filiation. Vingt ans plus tôt, son père avait fait le choix d'une action armée et violente pour faire entendre ses revendications. Rosa, elle, qui porte son nom en hommage à Rosa Luxembourg, se retrouve malgré elle à la tête d'un mouvement pacifiste violemment réprimé par l'Etat – des répressions policières qui ont trouvé ces derniers temps, avec le mouvement des gilets jaunes, un certain écho, à la différence près ce "groupe des 68" échappe aux casseurs – mais qui parvient à se faire entendre. Le roman de Denis Lachaud, allusion très claire aux chant révolutionnaire de 1789, met en scène de jeunes militants qui semblent avoir retrouvé les idéaux dont la jeunesse désenchantée des années 2010-2020 semble manquer. De quoi attendre des lendemains meilleurs ?


 

Catégorie : Anticipation

moeurs / social / politique /

Posté le 18/01/2019 à 14:03

Posté le 30/10/2018 à 16:38

Les Premiers : une histoire des super-héros français. Xabi Molia. Le Seuil, 01/2017. 350 p. 19 €

Ils sont sept. Cinq hommes, deux femmes, qui se découvrent un jour de janvier le pouvoir de voler. Chacun d'être eux est par ailleurs doté d'un don particulier : métamorphose, hyper rapidité, invisibilité, divination, télépathie, hyper audition, hyper mnésie. Ils sont immédiatement repérés, médiatisés, et requis par le gouvernement qui va exploiter leurs dons en les entraînant avant de leur confier des missions militaires délicates. Ils ont également l'interdiction d'user de leurs facultés en dehors de leur travail. On suit donc l'histoire de ces sept personnages surnommés les 83 (parce que nés en 1983) dans leur vie privée, leurs projets, leurs déboires aussi, puisqu'il faut bien l'avouer, être un super héros n'est pas un gage de bonheur, loin s'en faut.

Le tout est raconté, plusieurs années après, par un narrateur dont on apprend qu'il est journaliste et mène une sorte d'enquête et recueille divers témoignages, des héros eux-mêmes ou de leurs proches.

Des super héros modernes, comme Superman, l'idée était intéressante, d'autant plus que le récit s'ancre dans un parti pris très réaliste : passé la première surprise – ces sept-là sont capables de voler à n'importe quelle altitude, en plus d'être tous hyper quelque chose – le fait est intégré, et surtout ces héros vont être bien utiles. Les voilà donc envoyés dans des assauts pour libérer des otages, ou dans des conflits… alors que rien ne les y destinait : Jean-Baptiste Fontane, le métamorphe, était bibliothécaire, Raphaël Zabreski, surnommé le Prophète, réceptionniste dans un hôtel. Tout cela est raconté par le journaliste avec une évidence qui tend à croire qu'embaucher dans l'armée des super héros dotés de pouvoirs surhumains est tout à fait normal. C'est sans doute cela, le ton sur lequel est racontée l'histoire, froid, factuel, qui rend la lecture finalement assez peu agréable. On suit la vie des "83" de façon un peu hachée et inéquitable, puisque certains d'entre eux sont mis entièrement de côté : par ailleurs gravitent autour des "83" de nombreux personnages secondaires, que l'on perd de vue aussitôt, qui donnent au récit un aspect très morcelé.

Le thème me faisait croire à un récit drôle et surprenant ; je n'ai trouvé que longueurs, distance et nulle empathie de la part du narrateur devant les échecs de ses personnages. Sans doute cette froideur était-elle intentionnelle, mais pour ma part j'ai fini par abandonner, page 244.

 

Catégorie : Anticipation

social / politique /

Posté le 10/03/2017 à 09:05

Dans la forêt. Jean Hegland. Gallmeister, 01/2017 (Nature Writing). 301 p. 23,50 €

Nell et Eva, deux sœurs âgées de 17 et 18 ans, vivent seules dans une maison isolée à une cinquantaine de kilomètres de Redwood, la ville la plus proche. Leurs parents avaient choisi de vivre là, au milieu de la forêt, à l'écart du monde. Mais celui-ci a basculé : tandis que l'électricité se coupait de plus en plus souvent et que l'essence se faisait de plus en plus rare, la mère de Nell et Eva décédait d'un cancer, puis leur père d'un accident de tronçonneuse. Les filles décident de rester sur place, et de se consacrer à leurs passions respectives : Eva danse toute la journée au son du métronome, tandis que Nell dévore l'encyclopédie. Autour d'elles, la forêt les protège tout autant qu'elle les inquiète.

         L'histoire est racontée par Nell, qui tient un journal sur le peu de papier qu'il lui reste. La première partie du récit est entrecoupée de flashbacks qui permettent d'apprendre comment ces deux sœurs en sont arrivées à vivre seules dans ce coin perdu. De la catastrophe qui a entraîné la panne d'électricité et conduit le monde à la dévastation, on ne saura rien ou presque. Car l'important n'est pas là. L'important est dans la relation qui unit les deux sœurs, que la découverte d'un jerrican d'essence va pourtant menacer, avant de redevenir absolue. Il est dans l'opiniâtreté que montrent les deux filles à vivre leur passion, Eva exécutant à longueur de journée ses exercices sur des pointes de plus en plus usées, en chantonnant des airs du répertoire dont elle se souvient, et Nell lisant lettre par lettre les articles de l'encyclopédie. Il est enfin dans la forêt, qui symbolise l'inconnu, l'ennemi – la mère n'a cessé de mettre en garde ses filles contre les dangers de la faune et de la flore – avant de prendre une dimension véritablement maternelle.

         Les romans publiés dans la collection "Nature Writing" de chez Gallmeister ne se contentent pas d'appartenir à la littérature des grands espaces. Ils mettent la nature au centre de la narration, en font un véritable personnage. Avec Jean Hegland, le pari est parfaitement réussi.

 

Catégorie : Anticipation

Etats-Unis / grands espaces / catastrophe / danse /

Posté le 21/02/2017 à 10:37

Thomas Drimm. Didier van Cauwelaert. Le Livre de Poche, 10/2016. 1002 p. 18,90 €

Cette édition intégrale reprend les trois volumes de la trilogie : La fin du monde tombe un jeudi, La guerre des arbres commence le 13, et Le temps s'arrête à midi cinq.

Thomas Drimm, 12 ans trois quarts, fait voler son cerf-volant sur la plage. Il y croise un vieil homme qu'il tue accidentellement avec son cerf-volant. Il se débrouille pour cacher le corps, juste avant l'arrivée de la brigade chargée de le "dépucer", c'est-à-dire de lui ôter la puce cérébrale qui contrôle tous les individus à partir de 13 ans. L'homme se réincarne alors dans le vieil ours en peluche de Thomas, et le somme de l'aider. Il s'agit du professeur Pictone, un vieux scientifique aigri et inventeur du bouclier antimatière, qui protège le monde des agressions extérieures, qui a décidé de supprimer le bouclier, afin de renverser la dictature et de libérer la population des puces cérébrales.

Le monde de Thomas Drimm est construit autour du jeu obligatoire. Dans les Etats Uniques, les citoyens une fois pucés doivent jouer et engranger des gains qui, à leur mort, viendront fournir l'énergie nécessaire à la bonne marche du monde. La société est dirigée par un président à vie, flanqué de ses ministres, dont celui du Hasard ; fumer et boire sont passibles d'emprisonnement, les dépressifs nerveux stigmatisés et les livres censurés. Devant réaliser les dernières volontés d'un ours en peluche qui se montre parfois capricieux et acariâtre, Thomas va se retrouver malgré lui espion, rebelle, il va tomber amoureux, parler avec les arbres, découvrir des univers parallèles, et héros malgré lui dans un récit aux multiples rebondissements, touffu et drôle, qui pointe les dérives possibles des technologies, et qui se lit avec grand plaisir.

 

Catégorie : Anticipation

politique / technologie /

Posté le 22/01/2017 à 19:27

Emily St John Mandel. Station Eleven. Rivages, 06/2016. 475 p. 22 €

Lors de la représentation du Roi Lear dans un théâtre de Toronto, l'acteur Arthur Leander s'écroule en plein spectacle, victime d'une crise cardiaque, malgré les soins apportés par un secouriste, et sous les yeux de Kirsten, une petite fille qui joue un rôle muet dans la pièce.

Vingt ans plus tard, alors qu'une pandémie foudroyante a décimé le monde, une symphonie ambulante parcourt la côte ouest des Etats-Unis et donne des spectacles pour les communautés qu'elle traverse, notamment des pièces de Shakespeare. Kristen fait partie de la troupe, ainsi que d'autres acteurs ou musiciens dont la plupart n'ont jamais connu le monde d'avant. Pour tous, il s'agit à la fois de survivre, mais aussi de préserver l'espoir, fragile, et le fait d'être ensemble. Ils s'apprêtent par ailleurs à rejoindre St Deborah by the Water, pour retrouver deux membres de la troupe, Alexandra et son compagnon, qu'ils ont laissés dans un village deux ans plus tôt afin de permettre à Alexandra d'accoucher tranquillement. Mais leurs amis sont introuvables, et le village semble être sous l'emprise d'un type étrange qui se prétend prophète…

Un récit qui alterne entre le présent, vingt ans après l'apocalypse, et la façon dont les gens sont parvenus à survivre, et le passé du temps d'Arthur, sa carrière au cinéma et au théâtre, ses mariages et ses déboires… Les deux époques sont tout aussi intéressantes l'une que l'autre et plongent le lecteur dans un univers très différent. Evidemment, elles vont se rejoindre…

Un très bon roman d'anticipation, à l'écriture sobre et efficace, bien construit.


 

Catégorie : Anticipation

Etats-Unis / catastrophe / théâtre /

Posté le 31/12/2016 à 17:13