L'Usine à Paroles

Un grand lecteur lit au moins 20 livres par an. Un tiers des Français ne lit aucun livre, tandis que lire un livre par semaine ne concerne que 3% de la population (Daily Nord, mars 2009). Restons donc dans les "happy few" de Stendhal, et découvre ici, ami Lecteur, mes compte-rendu.

Le "O"

Je lis donc je suis ?

La chance de leur vie, Agnès Desarthe. L'Olivier, 08/2018. 297 p. 19 €

         Hector vient d'être nommé professeur dans une université de Caroline du Nord. Il s'y installe avec sa femme Sylvie et leur fils Lester. Une nouvelle vie qui commence. Sylvie a suivi son mari, elle est femme au foyer, et ne déteste pas dire d'elle, lors de dîners organisés avec les collègues d'Hector, qu'elle n'est rien. Elle se met à la poterie tout de même, tâchant d'oublier le fait que son mari se soit découvert une vocation de séducteur : de grisonnant et vieillissant en France, il a acquis auprès de ses collègues féminines à l'université une aura dont il profite. Pendant ce temps, Lester, qui a pris le nom d'Absalom Ansalom – en double - rassemble autour de lui des adolescents un peu perdus auxquels il tâche de transmettre sa ferveur religieuse.

         La famille passe une année ou presque dans une maison où règne le crème, moquette crème, murs crème, rideaux de même couleur, objets de décoration savamment distillés, du crème jusqu'à la nausée comme on pourrait l'avoir à manger un cheese-cake à la vanille trop sucré  ; Hector est charmant mais d'un égoïsme confondant, Sylvie d'une passivité qui confinerait à la bêtise si elle n'avait lu, un par un et dans l'ordre du classement, tous les livres de la bibliothèque de son mari ; quant à Lester-Absalom, il prie pour ses parents tout en les plaignant secrètement. Trois êtres qui donnent l'impression de vivre en passant à côté les uns des autres, dans une comédie qui griffe le milieu universitaire américain, et nous donne à voir les ambitions déçues.

 

Posté le 30/10/2018 à 17:13