L'Usine à Paroles

Un grand lecteur lit au moins 20 livres par an. Un tiers des Français ne lit aucun livre, tandis que lire un livre par semaine ne concerne que 3% de la population (Daily Nord, mars 2009). Restons donc dans les "happy few" de Stendhal, et découvre ici, ami Lecteur, mes compte-rendu.

Le "O"

Je lis donc je suis ?

Ah ! ça ira, Denis Lachaud. Actes Sud, 08/2015. 426 p. 21,80 € ****

         Antoine est commandité pour une mission particulière : avec deux comparses, il s'agit d'enlever le président de la République et de s'exprimer publiquement pour dénoncer les inégalités du régime soi-disant démocratique. L'élu est assassiné, Antoine retrouvé et emprisonné pendant une vingtaine d'années. A sa sortie, en 2037, il est accueilli par sa fille Rosa. Elle semble avoir hérité de la même fibre révolutionnaire que son père, et se retrouve à la tête d'un mouvement pacifiste et citoyen qui dénonce l'inflation, l'impossibilité de trouver un logement décent, et le regroupement de tous les demandeurs d'asile dans des ZeST, Zones de Séjour Temporaire installées dans les faubourgs des grandes villes, où des employeurs sans scrupules exploitent la population en attente d'accueil. LE climat social est injuste et tendu. Jusqu'au jour où un maraicher se fait confisquer son étal et, devant l'inaction des forces publiques, s'immole par le feu. La protestation gronde. Rosa et son ami Rufus décident d'agir et vont camper sur les Champs Elysées. Ils sont rejoints au cours de la nuit par des dizaines d'autres militants prévenus via les réseaux sociaux…  

         Voilà le nœud du roman : la filiation. Vingt ans plus tôt, son père avait fait le choix d'une action armée et violente pour faire entendre ses revendications. Rosa, elle, qui porte son nom en hommage à Rosa Luxembourg, se retrouve malgré elle à la tête d'un mouvement pacifiste violemment réprimé par l'Etat – des répressions policières qui ont trouvé ces derniers temps, avec le mouvement des gilets jaunes, un certain écho, à la différence près ce "groupe des 68" échappe aux casseurs – mais qui parvient à se faire entendre. Le roman de Denis Lachaud, allusion très claire aux chant révolutionnaire de 1789, met en scène de jeunes militants qui semblent avoir retrouvé les idéaux dont la jeunesse désenchantée des années 2010-2020 semble manquer. De quoi attendre des lendemains meilleurs ?


 

Posté le 09/01/2019 à 13:01