L'Usine à Paroles

Un grand lecteur lit au moins 20 livres par an. Un tiers des Français ne lit aucun livre, tandis que lire un livre par semaine ne concerne que 3% de la population (Daily Nord, mars 2009). Restons donc dans les "happy few" de Stendhal, et découvre ici, ami Lecteur, mes compte-rendu.

Le "O"

Je lis donc je suis ?

Le poids du monde, David Joy / Trad. de l'anglais. Sonatine, 08/2018. 310 p. 21 € ****

Thad Broom et Aiden McCall sont amis depuis l'enfance. Après s'est battu comme soldat en Afghanistan, Thad revient dans son village natal des Appalaches, et s'installe dans une vieille caravane près de la maison de sa mère avec laquelle vit désormais Aiden. Il est profondément marqué par les atrocités qu'il a vues ou commises et consomme de la méthamphétamine avec Aiden. Alors qu'ils rendent visite à leur dealer, celui-ci se donne la mort. Ils se retrouvent soudain avec une grande quantité de drogue et d'argent dans les mains. Thad en profite pour tenter de séduire des filles tout aussi accros que lui, tandis qu'Aiden est bien décidé à écouler la meth auprès d'un autre dealer. Les choses vont mal tourner pour les deux hommes...

Un roman noir, très noir, dans lequel les deux hommes se retrouvent embarqués dans une spirale de l'horreur et de la violence. Victime du syndrome de stress post traumatique, Thad est devenu entièrement dépendant à une drogue qui l'empêche de dormir et de retrouver le cauchemar de la guerre au Moyen-Orient. S'il parvient au début, grâce à la présence d'Aiden, à retrouver un semblant de vie normale, la mort de son chien va le faire basculer dans une folie qui s'ancre bien avant sa période militaire. Aiden, qui lui doit d'avoir échappé au foyer où on voulait le placer, ne peut rien faire d'autre que de le suivre, et se retrouve pris dans la spirale de la vengeance. Il y a un mélange d'écœurement et de fascination à voir les mâchoires du piège se refermer implacablement sur Thad et Aiden. Seule lueur dans le crépuscule où s'enfoncent irrémédiablement les deux hommes, la présence d'April, la mère de Thad. Elle n'a connu que le pire de l'existence : violée, stigmatisée, mère trop jeune, mariée à un homme violent qui a heureusement fini par mourir, lui laissant en héritage une maison et deux hectares et demi de terrain, elle ne vit que dans l'espoir de vendre sa maison et son terrain pour se faire une nouvelle vie, ailleurs. Récit noir, efficace, à la mécanique aussi implacable que l'obscurité qui vient envahir le terrain d'April, lorsque le soleil bascule derrière la montagne.


 

Posté le 09/01/2019 à 12:50