L'Usine à Paroles

Un grand lecteur lit au moins 20 livres par an. Un tiers des Français ne lit aucun livre, tandis que lire un livre par semaine ne concerne que 3% de la population (Daily Nord, mars 2009). Restons donc dans les "happy few" de Stendhal, et découvre ici, ami Lecteur, mes compte-rendu.

Le "O"

Je lis donc je suis ?

Le grand jeu, Céline Minard. Rivages, 05/2016. 190 p. 18 € ****

Une jeune femme décide de s'isoler dans les montagnes, à la recherche de solitude, à 2500 mètres d'altitude. Elle a fait installer un refuge hyper moderne, une sorte de cocon complètement étanche accroché à la montagne, et crée un petit potager, comptant sur ses récoltes pour vivre en complète autarcie. Elle part en expédition à la découverte de son territoire, accomplit de longues randonnées, et passe des nuits à la belle étoile, comme pour se mettre à l'épreuve. C'est durant une de ces expéditions qu'elle découvre, au cœur de la montagne, la présence d'un ermite. Les deux personnages s'observent puis finissent par faire connaissance.

Drôle d'expérience que tente cette femme, avec son abri et son équipement hi-tech dernier cri, où se mélangent apport technique contemporain et techniques ancestrales de survie. Elle parvient à faire pousser des courgettes, des pommes de terre et des poireaux malgré une saison estivale très courte, s'avère d'une endurance hors du commun, et pleine de ressources : outre ses connaissances de la faune et de la flore – est-elle biologiste ? On l'ignore, mais on peut l'imaginer, pourquoi pas, professeur de SVT -, elle est dotée d'une résistance physique qui lui permet de nombreuses escalades et d'une technique qui relève d'un niveau d'alpinisme confirmé. Elle tient bien l'alcool aussi, qu'elle partage avec l'ermite, et semble d'une solidité morale à toute épreuve. A travers son expérience de la solitude, la jeune femme tente de répondre à de nombreuses questions existentielles ou métaphysiques. Se mettre à l'épreuve, endurer la solitude, le froid, les intempéries, lui apportent déjà des éléments de réponse.

Son séjour, qui ne s'arrête pas à la fin de l'ouvrage, est une quête d'elle-même. Elle va au bout des choses, à force d'ascèse et de solitude. Emmenée par l'ermite, elle est capable, au bout du bout, de tenir sur la slackline que son étrange acolyte a tendue entre deux rochers. Tout un symbole : la mise en danger, le défi fait à soi-même et à l'autre, le but à atteindre, le dépassement de soi et de ses propres peurs.


 

Posté le 09/01/2019 à 11:51