L'Usine à Paroles

Un grand lecteur lit au moins 20 livres par an. Un tiers des Français ne lit aucun livre, tandis que lire un livre par semaine ne concerne que 3% de la population (Daily Nord, mars 2009). Restons donc dans les "happy few" de Stendhal, et découvre ici, ami Lecteur, mes compte-rendu.

Le "O"

Je lis donc je suis ?

Les sœurs Brontë : la force d'exister, Laura El Makki. Tallandier, 10/2017. 313 p. 20,90 €

       La biographie des trois sœurs, Charlotte, Emily et Anne, filles du pasteur de campagne Patrick Brontë, qui sont chacune auteur d'un des plus grands romans de la littérature anglaise, et ont publié conjointement sous les noms de Currer, Ellis et Acton Bell : Jane Eyre pour Charlotte, Les Hauts de Hurlevent pour Emily et Agnes Grey pour Anne. Au fin fond de la campagne anglaise, dans un confort plus que relatif et la lueur de la bougie, avec la complicité de leur frère Branwell, elles ont toutes petites imaginé des mondes extraordinaires. Formées en partie par leur père, pasteur humaniste, elles ont après des séjours dans des pensionnats puis en Belgique retrouvé l'écriture, la complicité des échanges, pour s'atteler à la rédaction de nombreux poèmes et de leurs romans.

       Nous voilà plongés dans l'Angleterre rurale de la première moitié du dix-neuvième siècle, aux conditions de vie rudes – la tuberculose va ainsi tuer en bas âge les deux filles aînées du révérend puis son fils Branwell, alcoolique et opiomane, et aura raison des trois sœurs vont toutes les trois disparaître l'une après l'autre, vers la trentaine. Ces trois femmes qui vivent loin de tout, et auraient pu se satisfaire d'un travail d'enseignantes, reviennent au village et se remettent à écrire, ensemble, avec une énergie constante, jusqu'à braver les conventions pour, enfin, être reconnue comme écrivains et femmes à la fin de leur courte existence.

         Abondamment documentée, cette biographie nous fait découvrir l'œuvre et l'intimité de ces trois sœurs, leur rapport avec la nature et le monde, leurs doutes, leurs enthousiasmes et l'amour qu'elles vont raconter dans leurs récits sans avoir jamais eu vraiment l'occasion de le vivre, à part Charlotte, qui mourra la dernière. Leur vie pourrait n'être qu'une tragédie, mais elle a été transcendée par le pouvoir de l'écriture. On peut lui reprocher un certain lyrisme, et une trop grande empathie pour les sœurs Brontë, mais le travail est d'envergure et donne à voir des œuvres moins connues, notamment leurs poèmes.

 

Document lu dans le cadre du Prix des Lectrices de Elle

 

Posté le 07/03/2018 à 17:12