L'Usine à Paroles

Un grand lecteur lit au moins 20 livres par an. Un tiers des Français ne lit aucun livre, tandis que lire un livre par semaine ne concerne que 3% de la population (Daily Nord, mars 2009). Restons donc dans les "happy few" de Stendhal, et découvre ici, ami Lecteur, mes compte-rendu.

Le "O"

Je lis donc je suis ?

Pleasantville, Attica Locke. Gallimard, 12/2017 (Série noire). 513 p. 22 €

       Houston, 1996. La campagne pour les élections municipales bat son plein. Des bénévoles font du porte-à-porte pour rallier les habitants à l'un des deux candidats en lice, Sandy Wolcott, district attorney, et Axel Hathorne, représentant de la communauté afro-américaine, notamment dans le quartier de Pleasantville. C'est justement dans ce quartier qu'Alicia Nowell, 17 ans, disparaît. Malgré les dénégations de Wolcott, il semble que la jeune fille travaillait pour son l'équipe. Jay Porter, un avocat désespéré depuis la mort de sa femme un an plus tôt, qui a représenté les habitants de Pleasantville dans un procès intenté contre une société chimique, se retrouve malgré lui plongé dans cette affaire : en effet, lorsque l'on retrouve le corps d'Alicia, Neal Hathorne, neveu du deuxième candidat et son directeur de campagne, se retrouve accusé du meurtre. Jay, qui comptait petit à petit se retirer des affaires, se voit confier la défense du jeune homme…

         Coups bas, manipulations, mensonges, intimidations, ce roman noir nous fait entrer dans un monde glauque où tout est permis, tant l'enjeu est grand – dans la foulée de ces élections municipales se profilent les présidentielles de 2000. Le meurtre de la jeune fille est associé à deux autres meurtres perpétrés trois ans plus tôt et qui n'ont jamais été élucidés, et les deux candidats semblent n'avoir aucun scrupule à l'utiliser à leur profit. Jay Porter, qui porte la blessure encore à vif de la perte de sa femme, et tâche d'élever seul ses deux enfants, découvre petit à petit les dessous de la politique locale : avec sa secrétaire qui mitonne des haricots rouges dans le bureau, et l'aide d'une amie journaliste, il mène sa propre enquête. Abandonné par les habitants de Pleasantville qui lui reprochent, bien qu'il ait gagné leur procès, de ne pas s'être suffisamment battu puisqu'ils n'ont pas touché le moindre dollar après le jugement, il s'obstine, au nom d'une probité qui tranche avec le machiavélisme ambiant. Il en devient presque lumineux dans sa recherche de la vérité, qui lui permettra enfin de faire son deuil.

        Un roman noir qui emmène le lecteur dans les arcanes du système électoral américain. Leur complexité peut perturber un lecteur français, ainsi que la multitude de personnages secondaires. Une lecture parfois fastidieuse donc, même si j'ai été sensible au personnage de Jay Porter. A signaler, une belle traduction dépouillée d'anglicismes et assez littéraire.

 

Roman lu dans le cadre du Prix des Lectrices de Elle

 

 

Posté le 07/03/2018 à 17:10